Les grands crus d'Alsace : article DNA

14 octobre 2013
SIMON Frédéric
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Articles parus dans les DNA  du 6/10/2013 sur les Alsace Grand cru à moins de 10 euros !

Frédéric SIMON

Alsace Viticulture Pourquoi à moins de 10 € ?

Le consommateur sort gagnant de ces foires aux vins. Photo – archives DNA
De nombreux grands crus sont actuellement en vente à moins de 10 € lors des foires aux vins en grandes surfaces.
Il y a deux semaines, sur internet, le chef de la Taverne Alsacienne à Ingersheim, Jean-Philippe Guggenbuhl, regrettait de voir un riesling grand cru Brand, millésime 2008, de la cave de Turckheim vendu à 9,99 € « seulement » dans une grande surface de la région colmarienne. « Ce n'est pas en bradant les grands crus que l'on relèvera le niveau des vins d'Alsace », estime le restaurateur.
Ce produit, il l'a proposé à 5 € le verre pendant un mois. Le professionnel dont la carte des vins est réputée réclame plus « de cohérence ». « Acheter un grand cru à 12-14 € , c'est déjà un bon rapport qualité/prix ».
Le directeur de la cave de Turckheim, Lionel Lécuyer, trouve « malheureux » que ce grand cru soit vendu à moins de 10 € alors qu'il est affiché à 14,50 € à la cave. « Les grandes surfaces profitent des foires aux vins pour mettre en avant des grands crus sur lesquels elles margent peu », analyse-t-il. « Il est toujours plaisant pour le chef de cave de présenter de tels produits. Mais il s'agit d'opérations ponctuelles, sur des petites quantités », nuance-t-il.
La cave de Turckheim n'est pas la seule à voir un de ses grands crus vendu à petit prix en super et hypermarchés. Foires aux vins obligent, on trouve actuellement en rayons des bouteilles des caves de Kientzheim/Kaysersberg, Beblenheim, Bestheim, des domaines Seltz de Mittelbergheim, Cattin frères de Voegtlinshoffen, Albert Schoech et Henri Ehrhart d'Ammerschwihr, Wolfberger d'Eguisheim, Wunsch et Mann de Wettolshseim ou encore de la maison Dopf au Moulin de Riquewihr dans une fourchette de tarifs qui va de 7,25 à 9,99 € la bouteille.
Si Pierre Berger considère qu'un juste prix se situerait entre 12 à 14 € , le président de la cave de Beblenheim reconnaît passer par la grande distribution pour déstocker d'anciens millésimes « pas faciles à vendre » (comme un grand cru Schoenenbourg Sparr de 2004 à 9,5 0 € ) ou certains produits légèrement excédentaires (pinot gris Sonnenglanz de 2010 à 8,2 0 €).
Le directeur de la cave Jean-Geiler d'Ingersheim, qui commercialise 10 grands crus, insiste, lui, sur le manque de « reconnaissance » de l'appellation. « Tous, nous aimerions vendre des grands crus à plus de 10 € ». Mais ce qui est possible pour un premier cru classé dans le Bordelais ne l'est pas (encore) pour un vin alsacien. Pascal Keller ajoute enfin que la grande distribution est depuis longtemps « incontournable » dans ce secteur d'activité puisqu'elle « représente entre 70 et 80 % des ventes de vins en France suivant les régions ». « Un grand cru à bas prix permet à la cave de gagner en visibilité sur des produits haut de gamme », ajoute Nicolas Le Droguène, manager du rayon « liquides » à l'hypermarché de Cora-Houssen. « Les vendre à 15 ou 16 € serait compliqué ».
« Il n'y a pas d'un côté le méchant distributeur et de l'autre le gentil producteur »
Son confrère de Hyper U Colmar, Fabrice Wagner, justifie aussi ce prix de vente par « l'offre et la demande qui dictent le marché ». « Quand il y a des volumes importants à vendre, le prix baisse. Et puis le consommateur, aujourd'hui avec la crise, recherche des bouteilles à 5/10 €. C'est une fausse idée de penser qu'il y a d'un côté le méchant distributeur et de l'autre le gentil producteur. Tout le monde s'y retrouve sauf peut-être le restaurateur ».
Ce que confirme ce sommelier d'un grand restaurant. « Je propose actuellement à ma carte un grand cru Schlossberg à 40 € alors qu'on le retrouve en foire aux vins à moins de 8 €. Le client me demandera de justifier cette différence. Je vais lui répondre que la marge permet de couvrir les frais de fonctionnement de l'établissement ». Réponse pas toujours comprise par le consommateur.
Nicolas Roquejeoffre
DNA DU 6/10/2013
Viticulture Le top des vins d'Alsace mal valorisé Grands crus, petits prix

Dans la vallée noble, le coteau du Zinnkoepflé, l'un des 51 grands crus d'Alsace, s'étend sur un terroir de 71 ha. PHOTO DNA Julien Kauffmann
L'élite des vins d'Alsace a du mal à se faire une place à la hauteur de ses ambitions. Comment expliquer que la moitié des grands crus se vendent sous la barre des 10 € ?
Qu'ils se nomment Altenberg, Brand, ou Zinnkoepflé, « ces 51 lieux-dits ont une forte personnalité, expriment leur terroir, sont soumis à un cahier des charges plus restrictif au niveau de la production », détaille Olivier Zind-Humbrecht, président de la commission grands crus à l'association des viticulteurs d'Alsace (AVA). Ce sont de grands vins, qu'on ne peut pas copier.
Avec 920 ha et 4,3 millions de bouteilles, les grands crus ne représentent que 6 % de la surface du vignoble, et 3,32 % des ventes de vins d'Alsace. « Ce ne sont pas les volumes qui manquent, mais les vins qui ne sont pas bien valorisés. Ils peinent au niveau image », juge Yves Dietrich, coopérateur chez Wolfberger. « Près de 1 000 ha, c'est trop. Il y a un problème d'offre et de demande. C'est pour cela que les prix ne décollent pas », tranche ce producteur qui veut garder l'anonymat.
« Au-delà de 20 euros, ce n'est quasiment plus le producteur qui fait le prix »
Pourtant, des maisons comme Zind-Humbrecht à Turckheim, Trimbach à Ribeauvillé ou Marcel Deiss à Bergheim, arrivent à vendre leurs grands crus à 50 € et plus. Mais elles restent l'exception. Dans le vignoble, ils sont encore nombreux à les écouler à un prix trop bas. Le phénomène ne concerne pas que la vente en grandes surfaces. « Vous trouvez aussi des grands crus à moins de 10 € dans des caveaux le long de la Route des Vins », reconnaît un producteur.
Ce vigneron d'Ammerschwihr propose du Kaefferkopf à 8 €. « Je travaille avec une clientèle très fidèle. Du jour au lendemain, le Kaefferkopf est devenu grand cru. Si je vends mon gewurz GC Kaefferkopf à 12 € , je vais la perdre ». Augmenter les prix, il y pense. « Mais cela ne pourra se faire que progressivement ». Se pose la question d'une viticulture à deux vitesses. D'un côté, une conception élitiste assumée par Olivier Humbrecht : « Un grand cru, c'est un peu comme une œuvre d'art. Quand on l'achète, on achète une promesse, une histoire, une culture, un peu comme pour un tableau de maître ».
De l'autre, l'attitude de viticulteurs « pas assez fiers de leur vin ». Une façon de dire que la qualité n'est pas toujours à la hauteur.
L'AVA a entamé un travail sur la hiérarchisation avec l'idée de créer une strate intermédiaire (les premiers crus) entre les vins de base et les grands crus, pour tirer toute la pyramide Alsace vers le haut. « Certaines entreprises ont pris conscience du problème. La réflexion s'est faite au niveau de la production, pour aller vers une rémunération qui ne se fait plus au volume, mais à la qualité du raisin. Si les 4 ou 5 grands metteurs en marché d'Alsace vont dans ce sens, c'est gagné pour tout le vignoble : on ne trouvera plus de GC à moins de 10 € », positive le coopérateur de Wolfberger.
Aujourd'hui, on est loin du compte avec des flacons bradés dans les foires aux vins ou sur internet (voir ci-dessous).
L'importance d'une stratégie de marque
« Les grands crus ont été créés pour que tout le monde en ait, et bénéficie de la renommée d'un nom déjà faite par certains domaines. Du jour au lendemain, un riesling devenu grand cru a été valorisé de quelques francs, de 2 ou 3 € aujourd'hui. Ce n'est pas avec ça que vous faites une réputation mondiale. Il faudrait le vendre au moins le triple », lâche ce vigneron.
« Les 30 domaines les plus en vue d'Alsace et les mieux notés dans les guides, commercialisent leurs grands vins en moyenne entre 15 et 30 € », note Olivier Humbrecht, qui préconise un prix minimum entre 12 et 20 € la bouteille. Un grand cru à 100 € ne le choque pas. « Il faut convaincre le client que le vin le vaut bien. C'est une question d'image. Au-delà de 20 € , ce n'est quasiment plus le producteur qui fait le prix, mais l'acheteur prêt à payer ce tarif ». Il achète un nom, une marque. La signature de l'entreprise, joue un rôle important. « Vendre son vin à 50 ou 60 € résulte de la conjonction de la marque du produit et du terroir. Sans la griffe du domaine, on ne peut pas monter en prix », dit Yves Dietrich.
Comment booster l'appellation porte-drapeau du vignoble ? « Une solution consisterait à ne pas vendre une bouteille de GC en dessous de 15 € , quel que soit le circuit de distribution, ou de créer la rareté pour que cela reste un produit d'exception », suggère Olivier Humbrecht.
Impossible de valoriser un vin si on ne bouge pas pour aller le proposer dans les bons endroits. Les marchés porteurs, ne sont pas forcément le Grand Est qui représente aujourd'hui 60 % des ventes d'Alsace. Il faut aller chercher la clientèle plus loin pour vendre plus cher ».
« Il faut aussi que le vin donne ce qu'il promet, » ajoute le président de la commission grands crus. « Tant que les hommes d'affaires en Alsace prendront un meursault ou un chablis parce qu'ils n'ont pas confiance dans les crus régionaux, on aura un problème de commercialisation de nos vins ».
Isabelle Nassoy

Source(s) :

Diaporama

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