CEPAGE RESISTANT

10 mars 2012
DESBUREAUX Robert
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INFORMATION TRANSMISE PAR Antoine WOERLE

Charente Libre

7 Mars 2012 | 04h00

Pays de Cognac

Un cépage pour résister au changement climatique


À Cherves-Richemont,  le conservatoire du vignoble charentais s'intéresse à un cépage ancien, adapté à la hausse des températures. Le monbadon pourrait, à terme, être une alternative à l'ugni-blanc.
" L'ugni-blanc  a fait le succès  de la région  car il correspondait  à toutes les attentes pour le cognac. Aujourd'hui,  ce cépage idéal montre ses limites.

Sébastien Julliard surveille la pousse de quelques porte-greffes de Jean-Louis Vidal, que le conservatoire a réussi à replanter. Photo J. K.

Sébastien Julliard et Lilian Jousson taillent leur sarment avec la pointe du sécateur. L'animateur et le président du conservatoire du vignoble charentais, basé à Cherves-Richemont, ne veulent pas vendanger le jus du raisin avant de l'avoir planté.

Pourtant, l'un de leurs nouveaux axes de travail pourrait bien être la clé de la sauvegarde du vignoble charentais dans les décennies à venir. Son nom: monbadon. Une appellation que ce cépage ancien doit à une commune du libournais. «C'est un cépage qu'on a sur nos parcelles de collection. Au fil des ans, on l'a étudié et distillé et on s'est dit qu'il pouvait être intéressant», détaille Sébastien Julliard.

Croisement naturel entre la folle-blanche et l'ugni-blanc, il est connu pour ses forts rendements et le faible taux d'alcool de ses vins. Deux caractéristiques qui pourraient l'ériger en alternative à l'ugni-blanc.

Depuis la crise du phylloxera à la fin du XIXe siècle, ce dernier occupe 98% du territoire de l'appellation d'origine contrôlée (AOC) cognac. Mais le cépage phare du Cognaçais souffre de la hausse du mercure. «Pour distiller, il faut des vins avec moins de 12 degrés d'alcool. Or, plus il fait chaud, plus le taux d'alcool dans les vins augmente», explique l'animateur. Aujourd'hui, l'ugni-blanc tourne autour des 11 degrés, contre 8 degrés il y a quelques années. Avec un monbadon qui fait entre 6 et 8 degrés, la marge est plus importante.

Un devoir de mémoire

«L'ugni-blanc a fait le succès de la région car il correspondait à toutes les attentes pour le cognac. Aujourd'hui, ce cépage idéal montre ses limites», estime Lilian Jousson. «On ne dit pas que le monbadon est la solution, mais il faut essayer de le sauvegarder pour continuer à l'étudier», tempère Sébastien Julliard, qui lance un appel à tous les viticulteurs qui pourraient en posséder sur leurs vieilles parcelles. «Souvent ce sont les grands-parents qui ont la mémoire des cépages, il faut retrouver ces personnes pour qu'elles témoignent».

Paul Giraud est l'une de ces mémoires vivantes. Il y a une quinzaine d'années, l'homme a récupéré des greffons de monbadon chez un voisin qui s'apprêtait à arracher toute sa parcelle.

«Mon voisin avait une vigne centenaire. Mon père m'expliquait les origines et les caractéristiques des cépages. Quand on s'y connaît, chaque feuille est différente, on peut les distinguer à l'oeil nu», se souvient le viticulteur de Bouteville. «C'est par curiosité et par devoir de mémoire que j'ai sauvé quelques pieds. C'est dommage de perdre notre patrimoine». Depuis, la production de ses cinq pieds de monbadon est noyée dans sa quarantaine d'hectares d'ugni-blanc.

Dès les années soixante, le cépage a été rayé du catalogue national, qui autorise les viticulteurs à planter les différentes variétés. Grâce à l'intervention du conservatoire de Cherves, il est à nouveau cultivable depuis cette année.

L'organisme de préservation du patrimoine viticole s'attelle également à retrouver les croisements expérimentés par Jean-Louis Vidal, un chercheur décédé il y a un demi-siècle. Il en avait réalisé plus de 10.000, tous arrachés dans les années soixante-dix.

«Il en avait diffusé ponctuellement auprès de viticulteurs, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. C'est un travail important car un cépage est unique, si on le perd c'est à jamais», prévient Lilian Jousson.

Certains métissages pourraient se révéler intéressants pour la production d'eaux-de-vie, tout comme des porte-greffes.

D'ici la fin de l'année, Sébastien Julliard espère avoir compilé les travaux du chercheur.

Conservatoire du vignoble charentais,

contact au 05.45.83.16.49

Source(s) :

Diaporama

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