Vous avez dit "sans papiers" ?

19 août 2011
DESBUREAUX Robert
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Dimanche 15 mai 2011 à 06h00

Par Céline Dupeux

Le premier Sans papiers de Souch


http://www.vins-jurancon.fr/producteurs.php?prodid=76%20

Avec Yvonne Hegoburu, la vie et la vigne ont le dernier mot. Ce qui la pousse à oser aujourd'hui une cuvée « hors cadre administratif ».

Yvonne Hegoburu avec l'œnologue Emmanuel Jecker et une bouteille de la cuvée Le Sans papiers. photo Luke Laissac

En 2010, la nature qu'elle aime tant a joué un tour à Yvonne Hegoburu, propriétaire du domaine de Souch à Laroin, petit paradis caché au bout d'un chemin tortueux des collines du Jurançon.

Une partie de sa cuvée n'a pas suivi le processus habituel pour la première fois en vingt-cinq ans de vinification au domaine. Du fait d'une année exceptionnelle pour le raisin, la fermentation s'est arrêtée avant que le taux de sucre ne soit tombé sous le seuil de 4 %, maximum toléré pour obtenir l'appellation Jurançon sec.

Et voilà 4,5 hectolitres de vin à 10 % de sucre nageant dans un no man's land administratif. Trop sucré pour l'appellation Jurançon sec, trop sec pour les 35 % de sucre requis pour un jurançon moelleux.

Aux tables des palaces

D'autres auraient choisi de forcer le processus de fermentation en rajoutant des levures fraîches. Mais pas le domaine Souch, converti aux préceptes de la biodynamie depuis vingt ans déjà. La propriétaire et ses deux œnologues décident au contraire de « respecter la personnalité du vin », de « ne pas le pousser ».

Quitte à renoncer au label AOC, soit une « énorme » prise de risque financière.

« Comme il est hors cadre administratif, on l'a appelé Le Sans-papiers, explique la viticultrice. La cuvée n'est donc pas, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, vendue au bénéfice d'associations de défense des étrangers privés de titre de séjour. Le domaine n'en aurait pas les moyens, laisse entendre Yvonne Hegoburu, qui se montre pourtant sincèrement touchée par la situation des vrais sans-papiers de chair et d'âme.

Les 680 bouteilles de son nectar demi-sec n'auront donc le droit qu'à une étiquette Vin de France (ex-Vin de table). « Cela se fait de plus en plus de la part de vignerons qui veulent sortir du carcan des réglementations imposées », relativise la propriétaire.

Le domaine pourra compter sur sa réputation pour écouler cette cuvée hors-norme. Ses bouteilles n'ornent-elles pas déjà des tables de renom, comme celles du Plaza Athénée et du Georges-V à Paris ? Allez savoir si l'ardente vigneronne ne réussira pas à placer quelques Sans-papiers dans ces palaces ?

Car cette femme de 84 ans - personne ne lui donnerait cet âge ! - a une volonté de fer. « Il faut être têtu ! » clame-t-elle.

La création du domaine doit déjà tout à son obstination. Au milieu des années 1980, peu avant le décès brutal de son époux, elle commence, à 60 ans (!), à installer les premiers ceps sur leur propriété. Comme pour conjurer la maladie. « On plantait avec Abel, un maçon portugais, et moi, qui étais secrétaire de direction », ironise-t-elle.

L'exégèse de Rudolf Steiner

Restée seule, Yvonne Hegoburu poursuit la transformation de sa propriété en domaine viticole. Aujourd'hui, elle exploite avec quatre employés 6,5 hectares d'un seul tenant. Bien qu'exploiter ne soit pas le mot juste quand on a fait le choix de la biodynamie.

C'était en 1991. La Béarnaise découvre cette agriculture ultra-écologique dans un magazine et entame sa conversion. « On se retrouvait tous les lundis soir chez la famille Barre à Fronsac, à huit viticulteurs, à lire des textes de Rudolf Steiner et à discuter de ce qu'on avait compris. »

Des séances d'exégèse, le groupe passe à la pratique. « On a fait pire quand on enterrait de la '' bouse de corne'' près de la rivière, la nuit, avec ces rituels très particuliers... » s'amuse encore Yvonne.

Loin de ses débuts « pourris de chimie » en viticulture conventionnelle, l'ancienne secrétaire se délecte de ses rangées de vignes pleines d'herbes un peu folles.

« Ici c'est la vie débordante. Regarder la force de ces raisins ! » lance-t-elle, fière de traduire dans son vin « la plus pure expression du terroir ».

(1) Théoricien de la biodynamie en 1924.

Source(s) :

Diaporama

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